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La révolte des boxers

La Révolte des Boxers (義和團起義, ou 义和团起义 en chinois simplifié) fut une révolte menée en Chine contre l'influence commerciale et politique occidentale dans l'Empire du milieu. De la fin du XIXe siècle à sa répression complète vers 1930, elle fit plus de 230 victimes occidentales et un nombre inconnu (certainement plusieurs milliers) de victimes chinoises.

Un mouvement anti-colonial

La Chine a une longue tradition de sociétés secrètes. Celle des Boxers, apparue probablement dès le début du XVIIIe siècle atteint son apogée vers 1896-1897 dans la province du Shandong.

Son nom de Boxers vient de ce que ses membres pratiquaient un art martial ressemblant à de la boxe. Le nom officiel de la société était cependant « Yi he tuan » (milices de la justice et de la concorde), ou « Yi he quan » (poings de la justice et de la concorde). Ces milices, initialement opposées à la dynastie impériale Qīng, se sont surtout développées en réaction au prosélytisme et aux excès des missionnaires occidentaux implantés sur le territoire chinois. Ces révoltes anti-occidentales se traduisirent par des attaques contre les missions etrangères, les « chrétiens du riz » (convertis pour manger), ainsi qu'à toutes les technologies importées d'occident (lignes de télégraphe et voies de chemin de fer), essentiellement dans le nord-est du pays, où les puissances européennes et japonaise avaient commencé à étendre leurs concessions.

Le meurtre de deux missionnaires allemands en novembre 1897 amena la capture du port de Qīngdǎo par l'Allemagne, un mouvement d'appropriation de concessions qui fut rapidement suivi par les Russes avec Lǚshùn (nommé aussi Port-Arthur), Français (avec Zhànjiāng) et Britanniques (avec Wēihǎi), poussant un peu plus les feux nationalistes et xénophobes parmi la population. Les boxers sortirent de l'ombre en mars 1898, prêchant ouvertement dans les rues sous le slogan « Renversons les Qīng, détruisons les étrangers ». Ce mouvement peut également être interprété comme une réaction contre la réforme des cent jours (11 juin - 21 septembre 1898) qui, menée par des modernistes tels que Kang Youwei, Liang Qichao et Tan Sitong, visait à moderniser et occidentaliser le pays à marche forcée de la même manière que le Japon l'avait fait au début de l'ère Meiji. Les tentatives de modernisation initée par l'empereur Guāngxǔ avaient déjà montré leurs limites en 1895, avec la défaite contre les forces japonaises. L'expérience fut cette fois-ci interrompue par sa tante l'impératrice douairière Cíxǐ soutenue par les forces conservatrices au sein de l'armée qui, se rapprochant des Boxers, commença à écarter les généraux modernistes qui réprimaient la rébellion (tels Yuan Shikai) et proclamer des édits de reconnaissance et de soutien envers les sociétés secrètes, au grand dam des délégations étrangères (janvier 1900).

Après un dernier accrochage avec les troupes impériales en octobre 1899, l'activité des boxers se concentre contre les missionnaires et leurs convertis, considérés comme des agents à la solde des « diables étrangers ». Début juin, près de 450 hommes de troupes occidentaux pénètrent dans la capitale chinoise pour protéger les délégations étrangères. La révolte atteint son paroxysme : des insurgés (désormais soutenus par des éléments de l'armée et dont le slogan est changé en « Soutenons les Qīng, détruisons les étrangers ») attaquent les quartiers occidentaux des villes de Tiānjīn et Běijīng. Le chancelier japonais Sugiyama est assassiné le 6 juin, le ministre allemand von Ketteler le 20. Plusieurs dizaines de milliers de Boxers tiennent la ville et assiègent le quartier des ambassades.

Les 55 jours de Pékin et l'alliance anti-boxers

Le conflit entre la cour impériale et les puissances étrangères est désormais ouvert. Un corps expéditionnaire de près de 20 000 hommes est monté pour aller secourir les délégations assiégées. Formé de troupes issues de huit nations (Allemagne, Autriche-Hongrie, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie), il atteint bientôt 45 000 hommes et est placé sous le commandement de Lord Seymour. Après la prise de Tianjin le 14 juillet, Běijīng tombe le 14 août : c'est la fin de l'épisode dit des 55 jours de Běijīng.

Un mois après la chute de la capitale impériale, l'effectif allié atteint les 100 000 hommes, dont 15 000 français et 18 000 allemands. Le comte allemand von Waldersee prend la direction des opérations à la mi-octobre, et organisera plusieurs opérations de « nettoyage » dans la région au cours des mois suivants. D’octobre 1900 au printemps 1901, les troupes allemandes montent plusieurs dizaines d’expéditions punitives dans l’arrière-pays durant lesquelles une violence exemplaire et unique par son ampleur se déploie. Assassinats, viols, pillages, destructions de biens frappent sans discrimination de statut, de sexe ou d’âge. Cette terreur commanditée par l’empereur Guillaume lui-même a pour but ouvertement revendiqué d’imposer le respect aux Chinois et de prévénir tout autre révolte.

À la chute de Běijīng, la cour impériale part quant à elle en « inspection d'automne » et quitte la capitale pour Xi'an, laissant la première vide de tout représentant du pouvoir. Des négociations de paix aboutissent le 7 septembre 1901 : le Protocole des Boxers (appelé aussi Traités inégaux) oblige le gouvernement impérial à payer aux puissances occupantes des réparations de 450 millions de taëls d'argent (un montant énorme pour l'époque), detruire les forts de Dagu, l’établissement d’une garde permanente chargée de la protection des légations, l’interdiction pour les Chinois de pénétrer dans la zone internationale, ainsi qu'à s'assurer de l'exécution d'une dizaine de hauts responsables impliqués dans le soutien à la rébellion. La gestion du produit des douanes est confiée à un consortium de banques occidentales.

Protocole de 1901 (Protocole des Boxers)

Après leur victoire lors de la guerre des Boxers de 1900, les puissances étrangères s'accordent d'abord difficilement, puis débutent les pourparlés avec la Chine, et les termes sont formalisés et acceptés le 7 septembre 1901.

Les puissances étrangères demandent l’exécution ou l’exil des principaux coupables, de sanctionner des fonctionnaires qui ont aidé les boxers (10 haut fontionnaires pro-boxers sont décapité), puis l'interdiction des sociétés anti-étrangères et la destitution à vie des fonctionnaires locaux qui ont manqué de poigne à l’égard de ces sociétés. Le gouvernement s’engage à réprimer tout nouveau mouvement contre les étrangers. Enfin, l’on suspend les examens de recrutement des fonctionnaires civils et militaires dans les districts où les boxers se sont manifestés pendant 5 ans. Le protocole est signé, l’impératrice douairière est toujours à Xi'an et revient à Běijīng en janvier 1902, cette défaite semble avoir montré une fois de plus la supériorité militaire étrangère, et certains signes semblent montrer qu'elle tend à accepter la nécessité de moderniser l'État chinois.

Le controle sur la Chine est renforcé : une surveillance militaire est imposé et la Chine n’aura pas le droit d’importer des armes pendant deux ans. Un quartier de délégation plus facile à protéger ainsi qu'un ministère des affaires étrangères - sous tutelle étrangère et avec préséance sur les autres ministères - sont créés. La Chine s’engage à verser une indemnité de 450 millions de liang sur 39 ans.

Épilogue

Près de 30 000 chinois chrétiens furent assassinés, moins de 300 étrangers et un nombre inconnu de Boxers périrent dans les combats. L'empire sortit du conflit à genoux, humilié et mis de facto sous tutelle étrangère (les postes étaient par exemple placées sous le contrôle de fonctionnaires français, les douanes sous celui des britanniques). Cette défaite contribuera par ailleurs à renforcer le sentiment pro-républicain au sein de la population, qui aboutira dix ans plus tard à la chute de la dynastie Qīng et à la proclamation de la République de Chine.

Le pays resta occupé et dut payer des réparations jusqu'au début des années 1930. La Russie augmenta son emprise sur les territoires du nord-est mandchou, jusqu'à la conflagration de 1905 contre le Japon.